15 juin 2006

La crise entre l'Islam est l'Occident n'est pas une fatalité ! Résumé conférence

Résumé de la conférence prononcée à l’Institut du Monde Arabe, le 7 juin 2006 à Paris.
Par Mustapha Cherif

LA RESISTANCE

Au moment où nous avons besoin les uns des autres, une crise sans précèdent mine la relation entre le monde de l’Islam et l’Occident. Elle s’inscrit dans la crise générale des valeurs de notre sombre époque. Pour sortir de la crise, du piége de la propagande du choc, mettre fin à l’ignorance, en somme pour apprendre à vivre ensemble, la question qui devrait habiter notre pensée est la suivante : aujourd’hui que peuvent apporter l’un à l’autre l’Islam et l’Occident? Question de l’heure, puisque les discours dominants, en rive Nord, prétendent que les religions en général et l’islam en particulier, sont antimodernes, intolérantes et rétrogrades. Bien plus, l’islam est présenté comme un danger planétaire. D’une autre côte, des discours critiques, en rive Sud et dans le reste du monde, disent que la logique de l’Occident actuel est déshumanisante, hégémonique et destructrice. L’oubli que nos fondements sont judéo-islamo-chrétien et gréco-arabe et que notre devenir est commun, est préoccupant. La logique d’un prétendu choc, les politiques de l’exclusion et de la répression, sont en train de gagner du terrain, comme diversion aux problèmes politiques et économiques. La stigmatisation et les surenchères préparent de sombres lendemains. L’islamophobie s’accompagne de religiophobie. Heureusement que des forces créatrices résistent de l’intérieur de l’Occident à la marchandisation de la vie. Celles de la recherche d’une altermondialisation, celles des défenseurs de la Nature et de l’environnement, celles attachées à l’exercice heureux de la pensée ou de l’art, sans concessions à la raison calculante. Des forces soucieuses de justice et de sens existent en rive Nord. Au Sud, le refus légitime de l’occidentalisation s’accompagne de la crainte de l’exercice de la raison sans conditions. Les musulmans, en général, résistent fortement, intérieurement, en profondeur et par bon sens, en fidélité aux orientations du Coran. Ils refusent la déspiritualisation de la vie, autant que les injustices. Mais leurs bases commencent aussi à être ébranlées. Ils résistent et prétendent même être porteur actuellement d’un renouveau. Cependant, le bon sens et une référence religieuse singulière, s’ils sont vitaux, suffisent –ils ? La déshumanisation, produit des dérives de la modernité, de toutes parts est le grand risque. Le socle de l’humanité, la nature humaine, la spiritualité, l’existence telle que vécue depuis des millénaires, et l’aptitude à résorber le multiculturel, sont remis en cause.

Reste à préciser, que contrairement au terrorisme des puissants et aux effets de la mondialisation du Marché sauvage et de la loi du plus fort, une sorte de libéralo fascisme qui déshumanise, le terrorisme des faibles, cet extrémisme politico-religieux, n’est pas capable de changer le cours de l’histoire, malgré ses dégâts. A contrario de ce que veut faire croire la propagande dominante qui exploite les difficultés du monde musulman contemporain, la singularité de l’islam, sa version de l’humain, bien comprises, l’originalité de sa spiritualité, peuvent êtres bénéfiques, si le dialogue reprend ses droits, notamment autour d’une vraie réflexion autour du Coran si peu lu. De même, la pensée méditante est incontournable pour nous aider à relever les complexes défis qui nous encerclent.

Apprendre à discerner
Un certain monde moderne, amnésique, désenchanté, semble comme une terre aride qui ne veut pas de la pluie, il marginalise la spiritualité, le droit à la différence et la justice. Un certain monde musulman, crispé, semble comme un corps malade qui ne veut pas de médicaments, il marginalise les possibilités de la culture élaborée, l’efficacité et la démocratie. Pourtant, pour l’un et l’autre, on ne peut pas vivre sans interconnaissance, sans accueil de l’autre différent et sans horizon devant soi. Il nous faut apprendre à discerner. Notamment entre les systèmes dominants injustes et les peuples, les forces et les acquis majeures de l’Occident, capables de contribuer à l’émancipation. Discerner entre un certain pouvoir américain et l’Europe. Le Maghreb de l’ouverture et l’Europe du Droit ensemble peuvent faire face aux dérives et incertitudes, d’où quelles viennent, du Machrek à l’Atlantique. L’histoire montre que l’on peut vivre ensemble. S’imaginer que l’on peut seul relever les défis est pure illusion. De plus, nos minorités respectives, chrétiennes en terre d'islam et musulmanes en terre d'Occident, ont besoin d'apaisement, d’espérance et de considération. Leur présence prouve que tout n’est pas perdu. Ici et là bas, elles continuent de croire en l’autre, malgré les difficultés.

Au sujet de l’islam, pourtant compagnon séculier et spirituel de l‘Occident depuis l’origine, la méconnaissance, l’ignorance, la désinformation battent leur plein. On veut faire croire que l’islam, l’islamisme et le terrorisme c’est la même chose. Le nouvel ennemi que des discours s’inventent, en usant et en abusant de l’amalgame, voire en manipulant les extrémistes politico-religieux, a atteint des sommets de désinformation. Il est urgent de dénoncer, haut et fort, cet état de fait. Et tenter d’énoncer le sens, que certains, ne veulent pas connaître, non pas celui d’un islam utopique, mais celui de l’islam réel, de l’ouverture et de l’hospitalité. L’islam de toujours, capable d’orienter vers l’ouvert. Dénoncer l’extrémisme politico-religieux, qui usurpe le nom et détruit de l’intérieur ce qu’il croit défendre, mouvement du repli, du suicide et de la contrefaçon. D’énoncer, tout autant, le mouvement antireligieux, les pseudos modernes, de culture musulmane, qui, sous prétexte de s’opposer à l’obscurantisme, diluent et mortifient à leur manière une spiritualité à laquelle ils ne croient plus, et par là fourvoient nos amis occidentaux. Les intégristes et les pseudos modernes ont besoin les uns des autres, deux fonds de commerce qui se rejoignent. Ils se ressemblent, même si leurs méthodes diffèrent.

Au vu de la crise que vit le monde musulman et le refus de certains de comprendre l’islam, le Coran attend, d’être interrogé, relu et compris, afin de sortir du faux dilemme de deux extrémismes : interdire de faire évoluer l’interprétation, ou au contraire demander l’abrogation de tel ou tel verset, aveux d’impuissance, positions infantiles. La voie fondée sur l’attachement à l’ouverture à l’autre est celle de la majorité des citoyens musulmans. Tout comme l’humanisme de nombre de citoyens de la rive Nord n’est pas un mirage. En conséquence la crise entre l’islam et l’Occident n’est pas une fatalité. Il reste un avenir.

M.C

1 Comments:

Blogger Jean-Michel said...

Trés beau texte, que je lie en parallèle à votre livre sur l'islam tolérant ou intolérant. Je me demande qui vous rangez parmi les "néo-modernes" que vous condamnez. Sont-ce tout les "nouveaux penseurs", au demeurant assez hétéroclites? La dialectique moderne de l'interprétation, pour rester fidèle à l'essence du message, ne doit-elle pas intégrer les progrés de la connaissance de l'homme par l'homme?

24/5/07 13:38  

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